On a trouvé ça dans une vieille maison où l’on vient d’emménager… Presque personne ne sait ce que c’est. Nous avons cherché en vain pendant des jours avant de finalement comprendre qu’il ne s’agissait pas simplement d’un objet oublié, mais de quelque chose de beaucoup plus étrange, presque vivant dans sa manière de se cacher et d’attirer l’attention.
La maison elle-même avait été un achat impulsif. Elle se trouvait à la lisière d’un petit village, dans une région que personne de notre entourage ne connaissait vraiment. Lors de la première visite, elle nous avait séduits par son charme désuet : de hauts plafonds ornés de moulures poussiéreuses, des parquets grinçants qui racontaient des siècles d’histoires, et une bibliothèque qui semblait avaler la lumière. Il y avait quelque chose d’authentique dans cette maison, un sentiment que chaque pièce gardait en elle des fragments du passé. Nous avions ignoré les panneaux de bois craquant, les vitres ternies et le jardin envahi par les ronces. Tout cela semblait relever de l’histoire, du vécu, et nous aimions l’idée d’y apporter notre propre vie.
« Regarde ce que j’ai trouvé », dit-il, sa voix tremblante d’un mélange de peur et d’émerveillement.
C’était un petit objet, à peine plus grand qu’une boîte d’allumettes. Il était fait d’un métal que nous ne reconnaissions pas, d’une teinte brun-verdâtre, presque comme s’il avait été patiné par le temps et l’humidité. Sa forme était étrange, presque organique, avec des motifs gravés qui semblaient bouger légèrement quand on les regardait du coin de l’œil. Il n’émettait aucun son, aucune lumière, et pourtant, il semblait capter notre attention comme un aimant.
Nous avons commencé par chercher des indices. Aucun meuble, aucun recoin, aucun carnet dans la maison ne parlait de lui. Nous avons fouillé chaque pièce, chaque placard, chaque tiroir, en vain. Même les anciens propriétaires, lorsque nous avons réussi à les contacter, ne savaient rien de particulier sur l’objet. « Oh, vous avez trouvé ça ? C’est… curieux… », avait simplement dit l’un d’eux, avant de changer rapidement de sujet.
Chaque soir, nous posions l’objet sur la table du salon, l’examinant sous toutes les lumières possibles. Plus nous le regardions, plus nous avions l’impression qu’il réagissait à notre présence. Les gravures semblaient légèrement se transformer, et parfois, lorsqu’une ombre passait près de lui, il semblait s’incliner, ou du moins, créer cette illusion. Nous avons essayé de le déplacer dans d’autres pièces. Rien ne changeait. C’était comme si la maison elle-même voulait que cet objet reste là où il était trouvé.
La curiosité s’est transformée en obsession. Nous avons commencé à lire d’anciens livres sur les objets mystérieux, les artefacts oubliés, les reliques de civilisations disparues. Rien ne ressemblait vraiment à ce que nous avions trouvé. Des objets anciens, oui, mais jamais avec cette capacité étrange à « respirer » presque imperceptiblement, à capter la lumière d’une manière qui semblait vivante.
Un soir, alors que la pluie frappait les vitres et que le vent hurlait autour de la maison, quelque chose de surprenant se produisit. J’étais assis dans le salon, fixant l’objet, quand j’ai eu l’impression qu’il pulsait légèrement, comme un cœur. Les gravures brillaient doucement, dans une lumière que je n’avais jamais vue. Puis un léger murmure, presque imperceptible, sembla s’échapper de lui. Je me suis levé brusquement, mais mon frère, qui était dans l’escalier, n’avait rien entendu.
Nous avons décidé d’enregistrer la chose. Microphone, caméra, tout était prêt. Pendant des jours, nous avons essayé de capter le moindre son, la moindre vibration, mais chaque fois que nous analysions les enregistrements, tout semblait parfaitement normal. Rien. Pourtant, chaque fois que nous étions seuls avec l’objet, il se passait quelque chose. Comme si nous avions franchi un seuil invisible que les appareils ne pouvaient pas détecter.
La maison commençait à nous affecter. Des sensations étranges, des frissons, des ombres dans les coins de l’œil. Les nuits étaient agitées. Nous entendions parfois des pas dans les couloirs, des portes qui grinçaient, mais chaque fois que nous allions vérifier, il n’y avait rien. Sauf peut-être… l’objet, légèrement déplacé, comme si quelqu’un l’avait touché. Mais nous étions sûrs de ne pas l’avoir fait.
« Où l’avez-vous trouvé ? » demanda-t-il d’une voix tremblante.
Nous lui racontâmes tout. Le grenier, la boîte, le métal étrange, les gravures. Il resta silencieux un long moment, avant de murmurer :
« Ce n’est pas un objet… c’est un gardien. Il protège quelque chose. Ou peut-être quelqu’un. »
Cette phrase nous glaça le sang. Un gardien ? De quoi ? Qui ? Nous avons essayé de le questionner, mais il secoua la tête et dit :
« Il n’y a pas de réponse facile. Vous ne devez pas tenter de l’ouvrir, ni de le briser. Il choisit qui il laisse approcher. »
Nous avons quitté le magasin, nos esprits tourmentés par ses paroles. Mais quelque chose avait changé. L’objet semblait plus vivant que jamais. Il émettait maintenant une légère chaleur au toucher. Des formes plus complexes apparaissaient dans les gravures, comme si une langue ancienne essayait de nous parler.
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